14è dimanche du TO - A
(texte transcrit depuis la prédication de la messe de 11 heure, diffusée sur la page Yoube de notre paroisse)
En ces premiers jours de juillet, il est bon, les amis, d'entendre le prophète Zacharie qui nous invite à la joie, à exulter. Ça nous fait du bien. Pourquoi ?
Parce qu'un roi vient, pas un roi dominateur avec sa baguette magique là-haut, non ! Un roi pauvre, nous dit-on. Et ce roi va faire disparaître les chars de guerre, les chevaux de combat, il brisera l'arc de guerre et il proclamera la paix des nations.
La joie rejoint la paix, la paix rejoint la joie.
Ah les amis, si seulement ce roi pauvre pouvait venir en Ukraine, au Liban, en Iran, en Russie ! Ce roi, finalement, c'est ce Dieu qui n'a aucune arme, sinon l'amour et qui ne cesse de nous inviter à la paix, à la joie.
Alors pour cela, il a besoin de nous. Ne regardons pas notre monde à distance dans l'incapacité de le faire changer. Soyons artisans par nos engagements là où nous sommes et peut-être au cœur de nos familles. Oui, soyons artisans de paix, de joie ; de joie, de paix.
Personne n'est sans responsabilité, a dit le Pape hier matin à Lampedusa. Citant l'Encyclique Magnificat Humanitas, le Pape souligne que personne n'est sans responsabilité, car chacun, dit-il, « dispose de son propre champ d'action et c'est là, dit-il, qu'il est appelé à choisir, entre alimenter la logique de force ou conserver la logique de la paix, »
C'est, peut-être et souvent, cela vivre de l'esprit et non de la chair, nous dit Saint Paul dans la 2ème lecture. L'évangile de Matthieu va nous donner justement des balises pour construire, pour vivre cette joie, cette paix.
Quatre balises.
La première, c'est le parti pris d'Espérance : aimer et espérer notre monde. On n'est pas contre notre monde, on est dedans. Il faut l'espérer dans notre foi. « Père du ciel et de la terre, je proclame ta louange. »
Jésus dit cela à l'heure où il vient d'échouer lamentablement dans sa prédication. Cela nous console. C'est la fameuse crise de Galilée où des villes refusent d'entendre et de suivre Jésus. Échec apparent, épreuve évidente, et pourtant, chant de louange !
Dans la nuit du doute, c'est le parti pris d'espérance qui doit gagner, lueur d'espérance. C'est ça vivre notre foi.
Deuxième balise, deuxième repère pour vivre la joie et la paix. « Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » Jésus promet à ceux qui peinent un soulagement, un repos. Bref, les vacances, (s'il y a des vacanciers qui sont parmi nous, qu’ils soient les bienvenus !)
Alors, chouette ! Alors, les chrétiens sont protégés et passent à côté des épreuves ….
Nous savons bien sûr que ça ne marche pas comme ça. La foi en Jésus ne supprime pas les galères de nos vies. Les fardeaux sont bien posés sur nos épaules. Et pourtant, notre foi, nos expériences spirituelles nous permettent de dire qu'il y a un allégement dans les lourdeurs de notre vie, car sa présence est soutien sur notre compte.
On n'est pas seul. Dieu lui-même charge nos fardeaux. Et nous, en communauté réunie, on est attentifs les uns pour les autres pour aider ceux qui ploient sous le fardeau. Et nous sommes ce Corps du Christ.
Troisième balise repère : « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». C'est une des Béatitudes. Ces mots doux et humble, nous sont donnés en exemple aujourd'hui, alors que bien souvent, du temps de Jésus, mais peut-être plus encore dans notre année 2026, la force, le clinquant, l'apparence, le trumpisme, sont les mots toujours mis en avant.
De nos jours, l'humilité et la douceur sont des valeurs en baisse. À nous de miser sur ces valeurs à la Bourse de l'Évangile. Dieu, par la bouche de Jésus, se définit comme doux et humble Alors, ce n’est pas une douceur béni-oui-oui, mais quelqu'un capable de dominer ses pulsions, ses humeurs face aux violences, à l'agression, ne pas rentrer dans cette spirale de la violence. Savoir résister quand quelqu'un est violent et que ça n’en finit plus. On voit ça parfois dans nos familles, dans nos communes et hélas entre pays.
Quatrième et dernière balise pour vivre la foi, pour vivre la paix. « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits ».
Quatrième balise dans cet évangile de Matthieu, que je préfère presque dans l'évangile de Luc au chapitre 10, verset 21, parce qu'il parle de la joie de Jésus, mais c'est le même passage.
Oui, comme le chante le cantique de Marie, « il renverse les puissants de leurs trônes et il élève les humbles ». Eh bien, on pourrait traduire en grec « les humiliés », et c'est aussi valable dans notre traduction. Vous voyez que ce n'est pas tout à fait la même chose : « Il élève les humbles », et, « il élève les humiliés ».
Nous avons dans ce verset, ce que Dieu a caché aux sages et aux savants, il l’a révélé aux tout-petits. Comme un magnificat de Jésus lui-même ! Dans toute la Bible, le choix de Dieu pour les petits, les pauvres, les exclus, les derniers est une constante. Et ce n'est pas un choix de charité, de réalité sociologique, même de bienveillance, non ! C'est un lieu de révélation. Là se joue la connaissance même du mystère de Dieu. C'est pour cela que les pauvres, on en aura toujours, dit l'Évangile. Jusqu'à la fin des temps, parce qu'ils sont une réelle présence de Dieu. S'approcher des plus petits, les fréquenter, les rencontrer, c'est recevoir Dieu lui-même. C'est ce que souligne toute la tradition de l'Église, même si on a du mal à le mettre en œuvre.
Paul VI parlait du sacrement du frère en partant des plus petits pour vivre le sacrement de l'Eucharistie.
Benoit XVI, dans ses livres, parlera des plus pauvres, des plus petits, comme « agents d'évangélisation ».
Le pape François, dans la joie de l'Évangile, nous redira qu'ils nous enseignent, nous évangélisent. Léon XIV, dans Dilexi te, nous redit la même chose.
Oui, la joie, la paix, se fera à partir d'eux, pour n'oublier personne, à la table de son Royaume.
Résumons tout cela.
1. Pour vivre la paix, pour vivre la joie, vivons la louange dans un parti pris d'espérance et surtout, et même surtout, quand tout s'écroule, quand ça va mal.
2. Jetons-nous dans le repos, dans la légèreté du fardeau, parce que nous suivons Jésus.
3. Prenons les armes de l'humilité, de la douceur.
4. Retrouvons l'accueil des plus petits, comme révélation de Dieu, comme rencontre de Dieu.
Amen !
P. Hervé Perrot