Fête de la Sainte Trinité
(Transcription audio)
Le peuple choisi de la Bible s'est posé bien des questions sur Dieu, dans un monde de cultures où les divinités abondaient. Il tenait contre vents et marées avec bien des tentations, rappelez-vous le Veau d’Or, à leur Dieu unique qui agissait à leurs côtés et faisait alliance.
Passage du polythéisme au monothéisme, et cela dans la patience de Dieu au plus près des hommes.
Il y a l'Incarnation, c'est notre évangile. Dieu a envoyé son Fils par amour du monde.
Est-ce qu'on aime notre monde comme Dieu l’aime ?
La vie du Fils de Dieu, sa mort, sa résurrection, son ascension, la venue de l'Esprit Saint.
Et là, un nouveau passage, un nouveau dévoilement de l'identité de Dieu ; le passage d'un monothéisme solitaire à un monothéisme trinitaire. Notre Dieu est en lui-même relation, circulation d'amour.
- Le Père est totalement, infiniment, perpétuellement donné au Fils.
- Le Fils est totalement, infiniment, perpétuellement donné au Père.
- L'Esprit est totalement, infiniment, perpétuellement donné au Père et au Fils.
Et tout ce brasier d'amour se donne à l'homme, et cela dans l'ouverture de sa liberté. Tout le mystère chrétien est là, l'abyssal abîme du mystère, fondement de tout.
Et nous sommes appelés à participer à cet abîme, à ce brasier d'Agapé d'amour : tout donner en l'autre sans rien attendre en retour ; jamais tourné vers soi-même ; seul l'élan de la relation comme identité.
Dieu nous invite à cette danse en s'agenouillant devant l'homme par son propre fils et nous introduit à la musique de son Esprit.
C'est fou donc ? Vous ne trouvez pas que c'est un peu fou ce mystère ? C'est Dieu pourtant, c'est Dieu !
Il est intéressant d'ailleurs, dans ce concept de relation, que nos grands philosophes contemporains, comme un Levinas, comme un Ricoeur, s'interrogent sur cette notion de relation et d'altérité. S’ils se sont posé ces questions, c'est parce que notre temps a du mal à la relation et à l'altérité. René Habaschi, dans une pensée méditerranéenne, s'interroge sur la Trinité en tant que philosophe, car, en notre Dieu, Père, Fils et, Esprit en lui, tout est relation, tout est don, son être est don, altruisme subsistant, dirait son maître Maurice Zundel.
Ainsi, Dieu est infiniment pauvre, car son identité n'est que don.
Quelle, quelle magnifique source aux eaux inépuisables pour chacune, pour chacun d'entre nous, qui avons reçu cela dans le bain de notre baptême ! « Ô ô Sainte Trinité, vous êtes prisonnière de mon amour », dit Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
C'est par la Trinité que nous pouvons accéder à nous-mêmes en la libérant. Car tout commence dans la Trinité, tout y demeure, tout y retourne. Il nous faut vivre, apprendre ce secret bouleversant que Jésus a inscrit à jamais au Lavement des pieds, sur la Croix ; de l'Eau trinitaire du baptême, à l'eau des pieds du Jeudi Saint, à l'eau du Cœur de Jésus sur la Croix.
Oui, il nous faut vivre, il nous faut apprendre que la grandeur ne consiste pas à commander, à dominer, mais à se donner, à vivre relationnellement, et cela gratuitement. Car si Dieu est infiniment grand, c'est parce qu'il est don de lui-même, agenouillé éternellement devant ses créatures. Oui, tout est là et nulle part ailleurs. La vocation, l'identité de l'homme se joue là. Mais, ne nous étonnons pas que ce mystère, ce dévoilement de Dieu et de la vocation de l'homme, ne soit pas si évident que cela.
Pour ancrer le Dieu unique face au polythéisme, le peuple hébreu a mis quelques millénaires pour cela, c'était notre première lecture, pour ancrer le Dieu unique en trois personnes. Nous n'en sommes pas à 2000 ans !
Développé par Tertullien au 3e siècle, il est rentré dans le Credo en 324 à Nicée, et, en 381 à Constantinople. Puis, petit à petit, dans la patience de Dieu, dans l’héritage de son peuple que nous sommes, ce mystère devient le cœur de la vie de tout baptisé.
C'est pour cela qu'il n'y a pas dans l'Église, il n'y a pas, un document de l'Église, (je vous demande d'aller chercher si vous en trouvez un), qui ne revienne pas à cette source de la Trinité. Et l'encyclique qu'on vient de recevoir, Magnifica humanitas, n'en fait pas exception.
Pour notre Pape, notre dignité humaine et les droits inviolables de la personne découlent du fait que l'être humain est créé à l'image de Dieu qui est Trinité, nous dit-il. Il continue nos relations, communion à nous. Et nous sommes, par création, image et ressemblance, des êtres de relations. Il y a une frontière, nous dit-il, avec l'IA. Là où l'intelligence artificielle n'est qu'un traitement de données, de calculs, d'algorithmes dénués de vie, l'homme tire sa grandeur et sa capacité innées à la relation, à l'amour, à la communion spirituelle.
C'est vrai, les amis, l'algorithme ne contemple pas, ne crie pas, ne s'émerveille pas. L'algorithme ne fait pas l'expérience d'aimer, ne fait pas l'expérience de pardonner, même s'il peut vous faire une dissertation sur le pardon.
Le pape utilise aussi le mystère de la Trinité dans cette encyclique pour nourrir la Doctrine sociale de l'Église. À l'ère numérique, dans la Trinité, les différences entre les personnes divines ne créent pas de division, mais s'épanouissent dans une unité profonde. Il nous invite ainsi à bâtir Jérusalem plutôt que Babel.
Notre pape oppose la tentation transhumaniste de puissance, de domination : Babel, à l'édification d'une communauté humaine, solidaire, fraternelle : Jérusalem.
Une dernière petite touche dans cette encyclique que je vous invite bien sûr à lire, puis à relire lorsqu’on a lu une fois, puis à relire lorsqu'on a lu trois fois ! C'est à la fin de l'encyclique, ça correspond aussi à notre évangile : c'est l'Incarnation. Voici :
« En contemplant le Christ, on comprend notre véritable vocation face au rêve d'une machine parfaite ou d'un homme augmenté qui chercherait à effacer toute fragilité, notre pape propose la personne du Christ qui traverse la souffrance et la mort pour lui donner un sens. »
Et il faudrait lire ici aussi les numéros 118 où il parle de l'importance de vivre nos fragilités et il parle de nos limites, limites comme une chance.
Il dit : « chaque fragment de vie humaine, chaque larme, chaque joie, chaque projet légitime ne seront pas perdus dans le néant ou l'oubli des bases de données, mais seront accueillis, purifiés, sauvés en Christ, remis par lui entre les mains du Père sous l'action de l'Esprit Saint. »
Voilà quelques touches trinitaires de l'encyclique Magnifica Humanitas. Lisez-là si vous voulez aller un peu plus loin dans la Trinité de cette encyclique, le numéro 212 et le chapitre final.
Soyons chers amis, soyons vraiment des chrétiens qui rentrons dans cette symphonie trinitaire. Demandons au Christ lui-même de nous introduire par son Esprit dans cet amour infini du Père. Alors, ce n'est pas une réalité éthérée là-haut dans le ciel pour des « Martiens de la théologie » ou des savants de la religion. Non, c'est une réalité à vivre, à recevoir dans notre quotidien, peut-être dans notre voyage intérieur, dans notre prière qui est comme le Wifi de nos relations personnelles, sociales, divines.
P. Hervé Perrot