La fête des rameaux est unique par son contraste brutal. Nous avons commencé cette célébration dans l'allégresse, agitant le rameau et chantant "Hosanna" pour accueillir celui qui vient au nom du Seigneur.
Et voici que, quelques instants plus tard, nous venons de proclamer le récit de la Passion, où la foule ne crie plus « Hosanna », mais crucifie-le. Ce passage de la lumière des palmes à l'ombre de la croix n'est pas seulement un rappel historique, c'est le miroir de notre condition humaine et le cœur même du mystère chrétien.
Le premier enseignement de ce jour réside dans le choix de Jésus. Il entre dans Jérusalem, la ville sainte, non pas sur un char de guerre ou un fier destrier comme les conquérants de ce monde, mais sur un ânon, le petit d'une ânesse. En agissant ainsi, Jésus accomplit la prophétie de Zacharie qui annonçait un roi doux et humble de cœur Monter sur un ânon, il ne vient pas imposer sa puissance par la force, mais au contraire la proposer par l'amour. Les rameaux que nous tenons en main ne sont pas des armes, mais les symbole de notre désir d'accueillir ce roi désarmé qui vient pour conquérir nos cœurs.
Le récit de la Passion nous fournit le 2ème enseignement de ce jour. Ce qui frappe le plus, c'est le silence de Jésus. Devant Caïphe, devant Pilate, devant les outrages et les crachats, le Verbe de Dieu, sa parole éternelle, se tait. Ce silence. n'est pas de la résignation, il est une force. C'est le silence de celui qui sait qu'il a déjà tout donné et qu'il n'a plus besoin de se justifier, car son sacrifice parle pour lui.
En ce dimanche des Rameaux, frères et sœurs, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans ce silence.
Dans un monde de bruits, de revendications et de jugements hâtifs, la Passion nous apprend que la vérité n’a pas besoin de crier pour triompher.
Cette semaine qui s'ouvre devant nous, la Semaine Sainte, nous pose à chacune et chacun d'entre nous une question directe :
Où sommes-nous dans ce tableau qui vient d'être décrit ?
- Sommes-nous comme les disciples qui dormaient au jardin des oliviers, accablés par la tristesse ou par l'indifférence ?
- Sommes-nous comme Pierre qui aime avec sincérité, mais qui flanche devant la peur du regard des hommes.
- Sommes-nous comme le Cyrénéen qui aide à porter la croix, d'abord par contrainte, puis finalement par solidarité ?
- Sommes-nous comme Marie et Jean, restant fidèles au pied de la croix quand tout semble perdu ?
Le dimanche des Rameaux nous rappelle que la foi n'est pas seulement un enthousiasme de surface lors des jours de fête, mais une fidélité qui tient bon jusque dans les épreuves.
Frères et sœurs, en emportant ces rameaux chez vous, au terme de cette célébration, ne les voyez pas comme de simples porte-bonheur ! Qu'ils soient dans vos maisons, le signe de votre engagement. Les rameaux sècheront, mais la Parole de Dieu, elle, demeure à jamais.
Entrons avec courage dans cette semaine sainte, ne fuyons pas la croix, c'est par elle que vient le salut et la joie du monde. Suivons pas à pas le Christ dans sa passion, pour avoir le bonheur de partager, au matin de Pâques, sa victoire éclatante sur la mort.
Au nom du Père et et du Fils et du Saint Esprit. Amen
Mgr Centène, évêque de Vannes