Homélie des Rameaux – dimanche 29 mars 2026
Cathédrale de Vannes
La foule est versatile !
Ce dimanche, nous avons chanté : Lauda Jérusalem ! C'est le chant de la foule le jour des Rameaux, et vendredi prochain, jour de la Crucifixion, nous entendrons le cri de cette même foule : "Mort à cet homme !"
À quelques jours d'intervalle, les mêmes personnes ont fait un accueil triomphal à Jésus, et 5 jours plus tard, elles ont crié leur haine. C'est vrai !
Mais en rester là, c'est entretenir en nous des sentiments de résignation : « C'est comme ça, on n'y peut rien ! »
En rester là, c'est surtout passer à côté de la grâce de ce jour des Rameaux.
Oui, ce jour-là, la foule acclame, elle loue et elle chante : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, Hosanna au Fils de David », c'est-à-dire : sauve-nous, toi, qui es le Sauveur, le Messie de Dieu. Leur cri est un vrai cri, leur chant est un vrai chant, leur espérance est une vraie espérance.
Mais, ne nous berçons pas d’illusion pour autant.
Nous sommes toujours un peu comme la foule de Jérusalem qui acclame Jésus avec des rameaux, et qui, quelques jours plus tard, l’abandonne sur la croix.
Reconnaissons-le, certains jours nous sommes « tout feu tout flamme », sûrs et certains que Jésus est notre maître intérieur, notre ami, notre confident, et d’autres jours, nous plongeons dans une indifférence lâche… Parce que nous sommes faibles dans nos convictions face aux vociférations du plus grand nombre, et parce que nous sommes trop souvent incohérents dans nos paroles et dans nos actes.
Mais il y a, en nous, bien plus fort que nos faiblesses, c’est l’Esprit Saint, le Consolateur. Et c’est pourquoi à chaque Eucharistie, nous osons chanter notre espérance avec les anges et toutes les puissances d’en haut « Béni soit celui qui vient nous sauver, hosanna au plus haut des cieux ! » (Cf : Sanctus)
Alors demandons au Père de miséricorde « de ne pas nous laisser entrer en tentation » et de nous tenir la main lorsque l’épreuve nous assaille.
- Demandons-lui d’être comme Simon de Cyrène, l'homme de miséricorde qui aide Jésus à porter sa croix.
- Demandons-lui d’être comme Simon-Pierre qui pleure son reniement, saisi par le regard de Jésus.
- Demandons-lui d’être le centurion qui, devant la croix, s’écrie « Tu es le fils de Dieu ».
- Demandons-lui d’être Joseph d’Arimathie ou les saintes femmes qui prennent soin de Jésus jusqu'au bout.
Oui, demandons à Jésus crucifié d’être de ces disciples-là. Mais, n’accablons jamais ceux qui tombent, car ils sont aussi nos frères et nos sœurs.
Comme le souligne Timothy Radcliffe : « Dieu accepte nos amours inconstantes, fragiles, limitées, si c’est tout ce que nous avons présentement à lui offrir. S’il y a une place pour Pierre, qui a renié Jésus, alors il y a des places pour nous tous. » (Cf : T. RADCLIFFE, Pourquoi aller à l’église ? Flammarion, 2011, p. 273.)
Jésus est le sauveur de la multitude.
Alors laissons jaillir en nous, ce beau chant des Rameaux : « Béni soit celui qui vient, hosanna, sauve-nous, fils de David. » En le chantant, c'est la vérité de notre être que nous exprimons : nous aspirons au salut, à l'amour véritable.
Et nous croyons que dans sa Passion, Jésus nous ouvre le chemin de la vraie vie. Bonne semaine sainte ! AMEN.
Père Patrice Marivin