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Homélie du 28 septembre 2026

26e dimanche du temps ordinaire

Matthieu 21, 28-32

« Publicains et prostituées vous précèdent dans le Royaume »

« Cette personne-là ! Pff... C’est fini, elle ne changera jamais !!! » ou, face à nous-mêmes, « Pff... je n’y arriverai jamais !!! »

Notre regard est fixé. L’étiquette, le code-barres, le QR code sont mis. Comme si l’autre ou nous-mêmes n’avions pas la possibilité de changer.

Le manque de Foi en l’Homme signe ici un manque de Foi en Dieu.

Jésus nous conte aujourd’hui l’histoire de cet enfant têtu qui, d’abord, dit : « Je ne veux pas ».

Mais bon, qui se révèle être au fond un cœur d’or, prêt à changer pour faire plaisir à papa ou à maman.

Nous avons cette fâcheuse habitude de coller des étiquettes définitives sur les personnes.

Nous ne croyons pas facilement à la sincérité de quelqu’un qui a mal vécu et semble se convertir : comme le Samaritain, le Fils prodigue ou Zachée… il mange avec les pécheurs. « Oh ! S’il savait que cette femme est une pécheresse ! » Bien sûr, on imagine difficilement voir des gens honorables mal tourner. Nous classons, nous classifions, nous étiquetons.

Dieu, Lui, à nouveau, renverse notre regard naturel.

Il nous montre deux fils et Il nous envoie cette parole percutante : « Publicains et prostituées vous précèdent dans le Royaume ». Oui ! Dieu regarde l’homme dans son développement, dans sa liberté, son devenir, sa croissance, quel que soit le passé, le présent. Dieu voit plus loin, Dieu espère en l’homme. Oui, pour Dieu, il n’y a pas de bon ou de mauvais définitif. Il y a des enfants, des jeunes, des hommes, des femmes qui avancent, reculent.

Quelle espérance !

Tous ceux qui répondent « non » à Dieu, et l’on est de ceux-là, peuvent changer, se convertir, se retourner. C’est le souhait de Jésus à travers cette parabole : « Publicains et prostituées vous précèdent dans le Royaume. »

Dieu espère toujours en l’homme.

Nous avons là un présent et un futur (« vous précèdent »). Le Royaume ne se joue pas après la mort, mais dès aujourd’hui.

« Va travailler aujourd’hui à ma Vigne ».

On peut être timide, un peu gauche, pas à l’aise en paroles et avoir un cœur et des actes vrais.

On peut être tribun, brillant, beau parleur et avoir un cœur et des actes contraires. « Ce n’est pas celui qui dit qu’il l’est », ou : « Ce n’est pas celui qui dit "Seigneur, Seigneur", mais celui qui fait la volonté de mon Père ».

Eh bien, Jésus admire le publicain et la prostituée qui se sont laissés saisir par Dieu et qui ont retourné leur cœur et leur vie. C’est cela aussi que Jésus admire dans le premier fils : « S’étant repenti, il alla travaillé à la vigne ».

En Dieu, rien n’est jamais définitivement étiqueté. Il n’y a pas de « date limite de consommation ». On peut toujours se reprendre après s’être égaré. L’amour est illimité. Dieu fait confiance. Ce n’est pas notre passé qui importe, c’est « l’Aujourd’hui de Dieu » et du prochain, à accueillir dans un cœur confiant de pauvre. D’ailleurs, « pardonner, n’est-ce pas offrir à l’autre ce renouveau d’amour dont il a besoin pour repartir ? » (Guillaume de Saint-Thierry).

Notre cœur, notre regard sur les autres doivent cultiver cette capacité de laisser un espace de changement. C’est tellement important dans nos familles, nos communautés.

Oui, Dieu espère l’homme. Et si Dieu espère l’homme, est-ce que l’homme espère aussi l’homme ?

Si nous revenons à la fraîcheur de notre parabole, il nous faut donc conjuguer le « oui » du second avec les actes du premier.

Un Curé de cathédrale de petite taille demande un jour à un groupe de jeunes, dans la salle de la rue des Vierges : « À quoi peut-on reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence ? »

Un jeune demande : « Est-ce lorsqu’on peut sans peine distinguer, du bas de la place des Lices, un chien d’un chat, place Lucien-Laroche ? » « Non », dit le curé. « Est-ce quand on peut distinguer clairement la Tour du Connétable ? » « Non », dit le Curé. Mais alors, dirent les jeunes : « Quand est-ce donc ? » Le Curé les regarda derrière ses lunettes, avec un petit sourire malicieux et leur répondit : « C’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme, tu reconnais ton frère, ta sœur… jusque-là, il fait encore nuit dans ton cœur… »

Demandons au Seigneur, à l’image des enfants têtus, de nous aider à faire l’unité entre nos paroles et nos actes.

Demandons au Seigneur de nous aider à laisser à l’autre, et à nous-mêmes, la possibilité de changer.

Alors, là, à ce moment-là, se lèvera le jour comme au matin calme et serein de Pâques, et nous nous laisserons accueillir par les publicains et les prostituées qui nous ont précédés dans le Royaume.

AMEN.

P. Hervé Perrot

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