24è dimanche du Temps ordinaire - A
Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme moi j’ai eu pitié de toi ?
L’Homme vit en communauté :
Notre vie ne nous appartient pas, nous la recevons de Dieu par l’intermédiaire de nos parents alors « procréateurs », participants à la Création. De plus, notre vie n’est pas uniquement personnelle, nous vivons dans une société, avec d’autres. « L’homme est un animal politique » disait Aristote, c’est-à-dire qu’il partage des valeurs avec ceux qui l’entourent, il vit en communauté, en groupe.
Cette vie en société, et l’ajustement des relations avec ceux qui nous entourent, est explicitée par les textes dans la liturgie de ces jours-ci :
Dimanche dernier, les textes de la liturgie nous parlaient de la correction fraternelle. Le Père Marivin dans son homélie, nous exhortait, chacun d’entre nous à être des guetteurs ! Des guetteurs pour ceux qui nous entourent. C’est-à-dire être ceux qui scrutent les signes avant-coureurs du danger afin d’avertir celles et ceux dont nous avons la garde.
Aujourd’hui, les textes vont plus loin que cette correction fraternelle. La première lecture de Ben Sira le Sage, nous invite au respect d’autrui, mais pas un respect qui ne serait qu’une simple vigilance, ou qu’une attention ; il s’agit de vivre la charité en acte, et l’évangile nous y invite par le pardon.
Tout d’abord : I - Qu’est-ce que la charité ? :
Il s’agit d’aimer les autres à la manière de Dieu : C’est une mise en acte du commandement de l’amour que nous donne le Christ dans l’évangile de St Jean (chap 13): « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».
Cela n’est pas toujours facile, j’en conviens. Il nous faut changer notre logiciel, changer nos lunettes sur le monde qui nous entoure. Mettre les « lunettes de la charité » pour regarder à travers les yeux du Christ lui-même qui voit en chacun d’entre nous une personne aimée, une personne à sauver, une personne pour laquelle il a donné sa vie.
II - La dette de notre péché prise en charge par Dieu
La parabole qui nous est proposée dans l’évangile d’aujourd’hui, à travers le serviteur à qui le maître remet la dette, nous rend compte de l’amour infini et du pardon que nous recevons de Dieu mais que nous sommes appelé à partager à ceux qui nous entourent :
↦ La dette que remet le Maitre dans la parabole est colossale, on parle d’une somme de 10 mille talents, 60 millions de pièces d’argent…
Les correspondances, en estimation, sont de l’ordre d’à peu près : 1 talent : soit 40 kg d’or, 20 années de salaire de l’époque.
Lorsque l’on parle de 10 000 talents, il s’agit d’une somme immense qu’il n’est pas possible de rembourser et de solder. De multiples générations sont impactées par cette dette contractée… Un peu à l’image des dettes publiques.
Malgré cette somme démesurée, le maître remet la dette à cause de la supplication du serviteur : il n’ajourne pas simplement la date du remboursement, il annule purement et simplement la dette.
Mais rappelons-nous, cette parabole est la réponse à la question de Pierre sur le nombre de fois qu'il faut pardonner. Aujjourd'ui, dans cette parabole, Jésus nous dit qu’il accepte, Lui, de payer le prix fort, pour nous pardonner nos fautes, nos péchés.
C’est son « Quoi qu’il en coûte », et c'est le prix de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection salvifique.
Finalement la parabole d’aujourd’hui est un exemple, une explication de la citation d’Isaïe 43.4 : « Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime »
III - Implication personnelle : La charité et le pardon à l’exemple du Christ, la dimension missionnaire de l’amour.
Le Christ est allé jusqu’à mourir sur la croix pour nous donner le pardon de nos péchés et nous réconcilier avec Dieu !
Jusqu’où sommes-nous prêts à aimer ceux qui nous entourent ? A l’exemple du Christ, sommes-nous prêts à nous sacrifier pour pardonner à ceux qui nous offensent, et inversement, sommes-nous prêts, nous aussi à demander pardon pour nos torts ?
Dans l’évangile de St Matthieu, quelques chapitres avant le passage que nous avons entendu, le Christ nous dit : « tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi ». Et aujourd’hui : « Ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon, comme moi j’ai eu pitié de toi ? »
N’attendons pas le premier pas des autres pour pardonner, mais prenons l’invitation du Christ « à bras le corps » pour pardonner nous aussi, et ainsi témoigner de notre charité, de la foi qui nous anime, de cette foi en un Dieu qui nous aime, qui nous sauve et nous pardonne.
Lorsque le Christ nous donne le grand commandement de l’amour : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. », et plus encore, il souligne la dimension missionnaire de ce commandement « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
“Seigneur, donne-nous la grâce de témoigner par notre charité et notre pardon de l’amour infini que tu nous accordes. Ton amour va jusqu’au pardon de nos péchés lorsque tu offres pour notre salut ta vie sur la Croix. Donne-nous d’en être digne. Amen."
P. Jean De Barmon