3è dimanche de Carême

Notre marche avec le Christ en ce Carême, nous fait habiter différents espaces et vivre différentes situations : du désert à la montagne, et, de la montagne au Temple.

Nous poursuivons notre voyage vers Pâques !

Si la semaine dernière, nous faisions une escale inattendue du coté de la Côte d’Ivoire pour le « P » du Partage (solidarité paroissiale «oblige »), ce matin, nos yeux et nos esprits sont rivés sur l’Irak, où le Pape termine aujourd’hui 3 jours de visite si particulière.

  • Vendredi – samedi et dimanche : 3 jours pour de la Croix à la Résurrection en passant par le silence de Dieu.
  • De Badgad à Erbil, en passant par Nadjaf ( là même où le 31 octobre 2010 un attentat islamiste avait fait plus de 50 morts pendant une messe) et Qaraqosh.

Ce déplacement est conçu pour laisser une empreinte de paix dans une nation qui, a besoin de guérir d’innombrables blessures infligées par des décennies de guerres et de violences, avant de pouvoir envisager son avenir.

L’Irak, pays à majorité musulmane, est considéré comme l’un des berceaux du Christianisme ; L’Eglise chaldéenne est l’héritière de l’Eglise d’Orient fondée, selon la Tradition, par Saint Thomas.

Cette Eglise a beaucoup souffert ces dernières années. Elle a vu ses effectifs fondre, beaucoup de ses fidèles ayant pris la route de l’exil pour échapper aux persécutions de Daech. Agdas et Rawad, jeunes mariés depuis 2 ans, membres de notre communauté paroissiale, en sont, si je puis dire, les «témoins vivants ».

Le Pape François vient encourager cette Eglise martyre à ne pas rester prisonnière des souffrances du passé et à prendre une part active dans la reconstruction du pays. Au cours de ce voyage, le Pape se rend à Ur, la ville d’où serait parti Abraham, le patriarche commun aux trois grands monothéismes. Ceux qui s’en réclament sont de fait appelés à se reconnaitre frères et à travailler à la renaissance matérielle et spirituelle de l’Irak. Un appel qui s’adresse aussi à nous.

C’est dans ce contexte que nous méditons la Parole de Dieu ! «Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai ». dit le Christ.

Jésus entre au Temple. Le Temple de Jérusalem était l’une des merveilles du monde. Détruit par Nabuchodonosor, il est reconstruit au 6ème siècle avant notre ère, puis agrandi et enrichi par Hérode dans les décennies qui ont précédé la naissance du Christ. Les juifs y viennent nombreux en pèlerinage. Parvenus dans la ville sainte, les juifs offraient les sacrifices prescrits par la Loi.

Mais voilà que le lieu d’offrande devient aussi le lieu du trafic. Jésus s’y oppose en une sainte colère. Il ne veut pas que la maison de son Père devienne une maison de trafic. Comprenons bien : le Temple, c’est d’abord le lieu de la présence de Dieu.

«Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai »

Pour saisir ce qui est dit ici, il faut tout d’abord ne pas considérer les Evangiles comme des reportages historiques sur l’activité de Jésus. Les Evangiles ne proposent pas un récit historique de la vie de Jésus. Ils offrent plutôt un message théologique, qui peut se résumer dans ces simples mots : Jésus, le Crucifié-Ressuscité, est le Christ. Nous lisons l’Evangile à la lumière de Pâques qui resplendit même pendant le Carême.

Jésus annonce qu’il est le nouveau Temple, le lieu de la demeure de Dieu parmi les hommes. Le signe que les Juifs réclamaient à Jésus, c’est donc lui-même dans sa mort (Le Temple détruit) et sa résurrection (Le Temple reconstruit en trois jours). Jésus est le nouveau Temple.

Et voici que Jésus entre dans notre vie comme il est entré au Temple de Jérusalem. C’est notre cœur qui est le temple véritable où Dieu veut habiter. Il vient renverser tout ce à quoi nous donnons priorité et il bouscule les étals de nos intérêts personnels. Il vient nous rappeler que Dieu  doit être remis à la première place dans notre vie. Il nous invite à faire le «grand ménage du Carême » pour accueillir dignement le Christ Ressuscité à Pâques.

En Irak, que d’églises rasées et de chrétiens martyrisés ! «Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai ». Merveilleuse parole d’espérance du Christ, pour notre monde en souffrance.

Songeons à tous les martyrs qui ont su, au milieu des guerres, des génocides, garder Dieu dans leur « chambre haute », comme aimait à le dire Etty Hillsum, victime de la Shoah en 1944. 

Afin d’honorer ce peuple meurtri qui compte sur notre prière, frères et sœurs, faisons de nos églises un vrai lieu de prière, d’adoration et de contemplation. Nous faisons tout pour que notre cathédrale soit belle et accueillante et nous avons raison.

Convertissons «l’intérieur » de notre cœur.

«Ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse de Dieu. L’amour vrai ne peut pas se contenter d’un «programme minimum ».

Et prions :

Seigneur Jésus, Tu as purifié le Temple,
Donne-nous d’avoir un cœur pur, débarrassé de tout ce qui l’encombre ;
Tu es l’unique Temple, donne-nous de nous attacher qu’à toi ;
Tu es le vrai Temple, donne-nous de faire de notre cœur un sanctuaire à toi dédié ;
Tu es le nouveau Temple, donne-nous de faire de notre vie un culte qui te plaise.

Tu es le seul Temple, donne-nous de nous préparer à accueillir pleinement le signe que tu nous donnes.
Celui de Ta Résurrection.
AMEN.