Mercredi des Cendres

Voici que nous entrons aujourd’hui dans le temps du Carême !

Mais, nous avons déjà l’impression d’être au désert, depuis de nombreux mois maintenant.

Nous jeûnons de tant de choses ! Toutes les rencontres où l’on s’invite, les rassemblements, les repas familiaux et que sais-je ? Tout ce qui a une place importante dans notre cœur a un peu disparu. Nous sommes entrés, dit-on, dans un monde « sans contact », comme la carte du même nom. Les gestes, sont devenus des barrières, l’accolade, les embrassades sont remises au calendes grecques de l’après-tempête. Certes, nos mains n’ont jamais été aussi propres du fait de nos habitudes hydroalcooliques, mais personne ne serre plus la main, on se donne le coude !  En Occident, les historiens disent que le fait de se serrer la main est un signe de paix depuis la nuit des temps. Il signifie que nous ne sommes pas armés et donc que nous ne voulons pas de mal à autrui. Comment aujourd’hui se passer de ce signe amical et fraternel ?

Nous jeûnons aussi des visages que nous voyons désormais qu’à moitié. Nous ne voyons plus que les yeux, mais adieu les sourires, cette sorte de petit miracle qui transfigure le visage et qui touche, parfois profondément, la personne rencontrée. Le masque nous fait jeûner de la possibilité d’être saisi par des visages. Dorénavant, ceux-ci ne seraient plus «miroirs de l’âme » ?

La grande question de ce Carême sera donc de faire de ce jeûne forcé, un jeûne vers la VIE. C’est pour cela qu’ici, en notre paroisse Saint Pierre, nous continuerons de prendre comme guide de carême le thème de «Laudato Si » : Tout est lié ! Présence à soi-même, à Dieu,  aux autres et à la nature ! Notre foi en Jésus-Christ nous demande de ne pas nous habituer à un monde qui exigerait de ne plus s’approcher des autres !

De la poussière à la Vie

Les cendres que nous allons recevoir dans un instant, nous rappellent le parcours de notre existence : de la poussière à la vie ! Nous sommes au monde pour marcher de la cendre à la vie. Le Carême n’est pas fait pour verser sur les gens un moralisme inutile, mais pour reconnaitre que nos pauvres cendres sont aimées de Dieu. Le Carême est un temps de grâce pour accueillir le regard d’amour de Dieu sur nous, et ainsi regardés, pour changer de vie ! Alors, ne réduisons pas l’Espérance en poussière, n’incinérons pas le rêve que Dieu a sur nous.

Les cendres sont là pour que le feu de l’amour s’allume en nos cœurs. Car nous sommes citoyens du ciel et l’amour envers Dieu et le prochain est le passeport pour le ciel. Les biens terrestres que nous possédons ne nous serviront pas, ils sont poussières qui s’envolent, mais l’amour que nous donnons  - en famille , au travail, dans l’Eglise, dans le monde – nous sauvera et il restera toujours.

De la Vie à la poussière

Trop souvent nos vies prennent un parcours inverse, elles vont de la vie à poussière ! Regardons-nous de l’intérieur, dans le cœur :

  • Que de fois, nous étouffons le feu de Dieu avec la cendre de l’hypocrisie. L’hypocrisie, c’est la saleté que Jésus, aujourd’hui dans l’Evangile, demande d’enlever.
  • Que de fois nous faisons quelque chose pour être approuvés, pour notre image, pour notre ego !
  • Que de fois, nous nous proclamons chrétiens et dans le cœur nous cédons sans problème aux passions qui nous rendent esclaves !
  • Que de fois nous nous montrons bon en dehors et nourrissons des rancunes au-dedans !
  • Que de duplicités dans nos cœurs !

Toutes ces attitudes, c’est la poussière qui salit, les cendres qui étouffent le feu de l’amour.

Nous avons besoin de nettoyer la poussière de notre cœur ! Paul, dans la seconde lecture,  ne demande pas, il supplie : «Laissez-vous réconcilier ». Parce que la sainteté n’est pas notre activité, elle est une grâce ! Parce que, seuls, nous ne sommes pas capables d’enlever la poussière qui salit notre cœur. Parce que seul Jésus, qui connait et aime notre cœur, peut le guérir. Le Carême est aussi ce temps de guérison.

De la poussière à la VIE… De notre humanité fragile à l’humanité de Jésus qui nous guérit ! «Jésus, tu m’aimes, transforme-moi » !

Et pour ne pas retomber de la vie à la poussière, venir recevoir le PARDON de Dieu. L’étreinte du Père dans la Confession nous renouvelle de l’intérieur, nous nettoie le cœur !

Laissons-nous réconcilier pour vivre comme des enfants bien-aimés, comme des pécheurs pardonnés, comme des malades guéris, comme des voyageurs accompagnés. Laissons-nous aimer pour aimer ! Et nous sortirons du désert vainqueur… Sans masque, sans peur, renouvelés de la joie de découvrir que Dieu nous ressuscite de nos cendres. AMEN.

P. Patrice Marivin