Homélie prononcée par Mgr Centène, lors de la messe des Rameaux  ce dimanche 5 avril 2020 à 11 heures, en la chapelle de la Maison du Diocèse

Avec toute l'Église, nous entrons aujourd'hui dans la Semaine sainte, la « grande semaine », comme l'appelaient les Premiers Chrétiens. Une semaine d'ombres et de lumières, à l'image de nos vies, qui nous fait passer par la mort avec Jésus pour nous conduire à sa résurrection.

Et nous venons ensemble, [chacun chez soi, mais unis dans une communion de prière très intense qui nous fait goûter de façon toute particulière, l'unité spirituelle du peuple de Dieu], d'entendre le récit de la Passion de Notre-Seigneur dans l'Évangile de saint Matthieu.

Ce texte aurait beaucoup, beaucoup de choses à nous dire, tant de drames particuliers et personnels viennent se greffer sur LE Drame, la grande épreuve de Jésus et les desseins meurtriers des Grands-Prêtres.

La mort de Jésus ne leur suffit pas, ils veulent aussi contrôler :

  • son tombeau,
  • la trahison de Judas et ses remords,
  • le triple reniement de Pierre,
  • la vaine tentative de Pilate pour libérer Jésus,
  • l'insistance de la femme du gouverneur
  • la fidélité des saintes femmes jusqu'à la croix et jusqu'au sépulcre,
  • le geste d'humanité de Joseph d'Arimathie, qui offre une sépulture,
  • mais aussi tous les anonymes :  les servantes qui poussent Pierre au reniement, les délateurs, les faux témoins,
  • les foules versatiles qui acclament Jésus, puis réclament sa mort avec la même ardeur.

La grande histoire est ainsi tissée d'aventures singulières où se croisent toutes sortes de destins, d'initiatives, bonnes ou mauvaises, ombres et lumières.

Nous aussi, frères et sœurs, nous vivons des évènements qui appartiennent à la « grande histoire ». Nous vivons un de ces évènements au travers desquels s'écrit l'Histoire du Salut et nos vies singulières tissent la trame de ces évènements.

Comment les vivrons-nous pour que nos vies échappent à leur part d'ombre et puissent rayonner de la lumière de la résurrection ? En gardant les yeux fixés sur le protagoniste essentiel de ce drame : Jésus. En entrant dans ses sentiments d'abandon, mais plus que d'abandon, d'adhésion à la volonté du Père, en contemplant sa prière et sa détermination.

Au moment d'être livré et d'entrer librement dans sa passion, Jésus prie.

Aujourd'hui, pour faire face aux dangers qui nous menacent, nous aussi nous prions et nous voyons se développer toutes sortes d'initiatives : des neuvaines pour arrêter l'épidémie, des « jérichos » pour délivrer la France et le monde des influences maléfiques. Même des prêtres cèdent à cela, c'est à qui montera le plus haut avec le Saint Sacrement pour qu'ils voient mieux et bénissent plus loin. Certains manifestent de vrais talents d'équilibriste. La semaine dernière, un prêtre marchait sur le faîte d'une église parisienne, au risque de se rompre le cou et de casser l'ostensoir. Nous avons même reçu la requête de survoler le diocèse en avion pour le bénir ! Depuis l'ascension, je ne pense pas que nous puissions faire monter Jésus plus haut.

Cet attrait pour la prière est certes louable en ce temps d'épreuve, mais j'avoue que ce qui me gêne, c'est qu'il y a toujours dans ces circonstances une caméra bien placée qui immortalise la scène et la diffuse aussitôt sur les Réseaux sociaux. « Lorsque tu veux prier, nous disait Jésus au début du Carême, rentre dans ta chambre, ferme la porte et là, prie ton Père qui est présent dans le secret. Ton Père qui est présent dans le secret, le revaudra. » 

C'est ce que fait Jésus à l'écart de ses disciples endormis.

Ce qui me gêne aussi, c'est la conception de la prière que dénotent beaucoup de ces initiatives. La prière ne change pas la réalité d'un coup de baguette magique. Si, à travers cette crise sanitaire, Dieu veut nous purifier, nous ouvrir les yeux sur nos errements personnels et collectifs, nous faire repasser comme Lazare à une nouvelle façon de vivre, est-ce à nous de lui faire comprendre que la leçon a porté ? Est ce à nous de sonner la fin de la partie et de lui dire que le travail de conversion est désormais parfaitement accompli ?

  • Le but de la prière n'est pas de changer la volonté de Dieu, mais de nous faire entrer dans la volonté de Dieu.
  • Le but de la prière n'est pas de nous donner la santé, mais de nous donner le salut.
  • Il ne s'agit pas de transformer la volonté de Dieu, mais de nous transformer.
  • Il ne s'agit pas de parler à Dieu pour lui dire ce dont nous pensons avoir besoin. Il le sait !

Il s'agit de nous mettre à l'écoute de Dieu pour qu'il nous dise ce dont nous avons besoin. Ce que nous devons faire.

« Le Seigneur, mon Dieu m'a ouvert l'oreille et moi, je ne me suis pas révolté », nous disait le prophète Isaïe dans la première lecture.

C'est tout le sens de la prière de Jésus au Jardin des Oliviers. « Mon père, s'il est possible que cette coupe passe loin de moi, cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » Et Jésus ne demande pas à son Père de lui envoyer plus de 12 légions d’anges pour le délivrer de ses ennemis, mais de lui donner la force d'affronter ses ennemis.

La prière lui donne la force d'accomplir les Écritures. La prière nous fait comprendre ce que Dieu attend de nous et nous donne la force de le vivre dans la durée.

A côté de Jésus, d'autres protagonistes de la Passion peuvent nous inspirer. Je pense tout particulièrement à Simon de Cyrène. L'Évangile de saint Matthieu ne dit presque rien de lui. Marc, dans son évangile, nous dit qu'il était le père d'Alexandre et de Rufus, que nous ne connaissons pas davantage. Et pourtant, quelle place n'a t il pas occupé au cœur de la passion !

Simon de Cyrène a pris la place de l'autre Simon, Simon Pierre, qui aurait dû être là. Il a pris la place de tous les disciples qui avaient fui. Car, dit Jésus, « celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive ».

Lui qui venait de la lointaine ville de Cyrène, dans l'actuelle Libye, il s'est fait le prochain du Fils de Dieu qui sauvait l'humanité. Il s'est fait solidaire de celui qui souffrait.

Mes amis, en ce moment où chacun d'entre nous expérimente ses limites et sa fragilité, en ce moment où la peur fait renaître parfois des réflexes d'égoïsme, fait resurgir des attitudes de méfiance, de délation, que l'exemple de Simon de Cyrène nous inspire des attitudes de solidarité et nous fasse découvrir tous les moyens, même les plus simples, les plus insignifiants, de nous aider à porter la croix les uns des autres.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !


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