Homélie de Mgr Centène prononcée au cours de la messe de 11 heures ce dimanche à la cathédrale

Mes amis,

C'est la première fois que je célèbre la messe dans cette cathédrale vide. Et pourtant, vous êtes beaucoup à m'entendre ce matin.

C'est une expérience, c'est une sensation tout à fait étonnante. Ces rangées de chaises vides sur lesquelles je vous imagine.
Nous avions espéré qu'au moins une chaise sur deux serait occupée. Nous avions pris des dispositions dans ce sens. Mais la décision est tombée hier soir.

Oui, frères et soeurs pour la première fois de leur histoire, les catholiques de France, d'Italie, d'Espagne et de beaucoup d'autres pays sans doute, sont privés de messe dominicale.

L'événement est suffisamment inhabituel pour que nous nous laissions  interroger par lui, comme les Hébreux, dont nous parlait la première relecture : soudain privés d'eau, ils en ressentent la nécessité jusqu'à se révolter contre Moïse, et, à travers lui, contre Dieu. Mais, avaient-ils pensé à rendre grâce à Dieu quand ils pouvaient boire jusqu'à plus soif ?

Et nous, dans quel état d'esprit participions nous à la messe ? Etions nous conscients de ce qu'elle est pour nous, de ce qu'elle est pour Dieu quand nous pouvions choisir l'heure qui convenait le mieux à notre petit confort et à nos petits égoïsmes ... Le rite dans lequel nous avions décidé de l'entendre ... Le style dans lequel nous la voulions .... Les gens avec qui nous la partagions et jusqu'aux prêtres qui devaient la célébrer ?

La semaine dernière encore sûre de son droit et de son dû, une personne m'écrivait : «  Quand nous avons vu que c'était le père Untel qui allait célébrer la messe, ma femme et moi nous sommes sortis de l'église ».

Comme tout cela devrait nous paraître dérisoire aujourd'hui !

Un souvenir d'enfance me vient soudain à l'esprit. Lorsque j'étais enfant au cours élémentaire deuxième année, sur notre livre de lecture, comme on disait alors, il y avait un texte qui s'appelait « La dernière classe ». C'était le récit du dernier cours de français donné dans un petit village d'Alsace récemment occupé par les troupes allemandes. Et les enfants, en voyant leur instituteur pour la dernière fois étaient honteux d'avoir été aussi peu attentifs, d'avoir été aussi distraits, d’avoir tiré si peu profit de ce qui leur avait été enseigné, de n'avoir pas suffisamment travaillé pour apprendre notre belle langue française.

Frères et Soeurs, nous aussi, comme nous devrions avoir honte aujourd'hui ! Comme nous devrions nous repentir de l'instrumentalisation que nous avons faite du don de Dieu, du sacrifice que Jésus renouvelle tous les jours sur l'autel, pour notre salut.

D'autres, depuis plusieurs décennies déjà avaient déserté la messe : « Je suis catholique, mais je ne pratique pas ; à la messe je m'ennuie, ce n'est pas assez vivant. Ces jeunes prêtres, quel retour en arrière. Je ne pratique pas.

Aujourd'hui ou dans quelques jours, face à l'ampleur de la crise sanitaire que nous traversons, quand ils entendront le cri qui monte de l'égypte, depuis le cachot du prisonnier, jusqu'au trône du pharaon, beaucoup, j'en suis sûr, voudront chercher un appui dans les pratiques qu'ils avaient abandonnées, délaissées, méprisées.

Deux phrases de Jésus, dans l'évangile de saint Luc, me viennent à l'esprit. Combien de fois ai je voulu rassembler tes enfants, comme la poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes, mais vous n'avez pas voulu !

Ou encore : « Tu n'as pas reconnu le temps où tu as été visité. »

Ou encore dans l'évangile de saint Jean au chapitre 7 : « Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas ».

Nous voyons frères et soeurs à quel point la liturgie de ce troisième dimanche de carême nous rejoint dans ce que nous vivons aujourd'hui, et nous ramène à l'essentiel, et nous appelle à la conversion : l'eau nous manque. Notre vie est une traversée du désert.
Les plaisirs faciles de la société consumériste dans laquelle nous avons vécu nous l'avaient fait oublier.

Quand tout va mal il peut nous arriver de nous révolter contre Moïse et à travers lui contre Dieu. Mais cette révolte est déjà une prière que Dieu écoute, et il nous fait comprendre que jamais il n'a cessé de nous aimer. Ce temps de carême, si particulier, nous est donné pour puiser à la source de l'amour qui est en lui, et qui est en nous.

Le rocher que Moïse frappe de son bâton n'est-ce pas notre cœur endurci et pourtant capable de laisser couler des sources d'eau vive ?

Dans la deuxième lecture saint Paul insiste sur la force de cet amour indéfectible de Dieu. Nous pourrons toujours compter sur lui, même dans les pires moments de notre vie. Cette certitude ne s'appuie pas sur des mots, mais sur les gestes de Dieu à notre égard tout au long de notre histoire aussi bien personnelle que collective.

Dieu nous donne l'espérance d'avoir part à sa gloire. Et l'espérance ne déçoit pas puisque l'amour de Dieu est répandu dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné.

 Frères et sœurs nous sommes appelés à la conversion. Pendant ce Carême aujourd'hui, ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur.

 La conversion c'est de reconnaître notre péché à la lumière de l'amour de Dieu, pas en se m’estimant, pas en s'auto-flagellant mais en prenant conscience que Dieu nous aime et qu'il veut notre salut éternel même s'il est obligé aujourd'hui de prendre les grands moyens pour nous le rappeler.

La preuve que Dieu nous aime c'est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs.

Aujourd'hui, frères et sœurs, comme à la Samaritaine, Jésus nous dit que Dieu n'est enfermé, ni sur cette montagne, ni dans le Temple de Jérusalem, mais qu'il nous faut l'adorer en esprit et en vérité.

Que nos cœurs de pierre, frappés aujourd'hui par le bâton de Moïse, laissent jaillir l'eau vive de la présence divine. Celui qui boira de cette eau, plus jamais n'aura soif !

Alors mes amis, comme la Samaritaine, nous pourrons aller annoncer la Bonne Nouvelle aux autres, les mettre en contact avec ce Jésus que nous aurons redécouvert dans nos cœurs, et qu'ils découvriront dans le leur et ils pourront nous dire : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous a dit que nous croyons. Nous-mêmes, nous l'avons entendu et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde.»

 Frères et sœurs en ce temps d'épreuve, que le Sauveur du monde nous sauve. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.


Cathédrale Saint-Pierre de Vannes

Ouverte tous les jours de 8h30 à 19h00 sans interruption.

Presbytère : 22 Rue des Chanoines
Tél : 02 97 47 10 88
Permanences d'accueil :
du lundi au vendredi (sauf l'été)
9h30 à 12h00 et de 14h30 à 17h30
Le samedi de 9h30 à 12h00

L'équipe pastorale

logo guide michelin 2019   Pour la 3è année, la Cathédrale de Vannes reçoit une étoile au Guide vert Michelin 2019,  pour indiquer aux touristes et aux visiteurs qu'elle mérite le détour.

Diocèse de Vannes

site internet : http://www.vannes.catholique.fr

Maison du Diocèse
55 rue Monseigneur Tréhiou
CS 92241 – 56007 Vannes Cedex

Evéché : 14, rue de l’Evêché – CS 82003
56 001 VANNES Cedex

Nous contacter :
Pour toutes questions, veuillez nous contacter à l'aide du formulaire ci-dessous :
Back to top