Homélie de la messe du Jubilé prononcée par Mgr David Macaire

Il y a 600 ans, Saint Vincent ne vous l'aurait peut-être pas dit, mais à notre époque un peu plus compréhensive peut-être, plus fine en psychologie, nous pouvons vous le dire, il y a une certaine joie dans le péché.

Même les théologiens moralistes, il y a certains là, parmi vous, de grands théologiens : prieur des dominicains,  prieur des bénédictins, 2 évêques, des prêtres éminents, des vicaires généraux ...., tous vous expliqueront que si le péché qui est fait sans joie il est encore plus grave,  car s'il n'y a pas de plaisir à pécher, c'est qu'on le fait par pure méchanceté .... Or dans le péché nous sommes bêtes et méchants et mieux vaut être bête que méchant surtout devant Dieu.

Il y a donc une certaine joie dans le péché et on peut les typer ainsi : la jouissance, le contentement et la satisfaction

La première joie c'est la jouissance. La jouissance, c'est ce ressenti du plaisir d'avoir péché « Humm ! » comme disent les moines en mangeant le fromage, parce que c’est trop bon !

Par contre la jouissance s'achève très vite lorsque le plaisir est passé et elle provoque une sorte d'addiction qui induit inéluctablement une véritable tristesse, une frustration profonde. Cette frustration c'est toujours dans la recherche d'un plaisir qui ne comble jamais. C'est donc une joie qui se tarit bien vite.

La deuxième joie du péché est celle qu'on appelle le contentement. Ce sentiment de puissance qui fait qu’on est content de soi, vous savez comme lorsque le démon apparaît et dit à Eve "vous serez comme des dieuxvous serez comme des dieux !!!  Alors on est content de soi d'avoir vaincu le "Bien faire".
Malheureusement juste après, une tristesse arrive. Elle arrive bien vite. Comme lorsque Adam et Eve virent qu'ils étaient nus, on se sent petit et on est rempli de chagrin, car il n’était qu'illusion. La grandeur qu'on croyait avoir n'est que petitesse et nudité.

Enfin l'autre joie qu'il y a dans le péché est celle de la satisfaction. On est satisfait de soi, d'avoir vaincu, d'être un peu victorieux ... la vanité de Goliath "oumma-oumga". On est puissant et fort.

Mais évidemment cette joie va se transformer dans un abattement, ce que les spirituels appellent l'acédie.  De fait, je me dis que j’ai eu cette petite joie personnelle vaniteuse mais j'ai raté le bien le plus élevé, j'ai raté le salut, j'ai raté le bien divin …. ( un peu comme si vous regardiez une émission idiote à la télé alors qu'on vous apprend qu'il y a une excellente conférence d’un dominicain de Rennes par exemple. . Voilà vous regardez votre chanson, votre variété et vous vous dites, « Mince alors , je l'ai quand même eu ma joie, mais j’ai peut-être raté quelque chose  »  Mais le Démon susurre bien vite à nos oreilles que cette petite tristesse va passer et qu’elle ne reviendra pas .... 

Vous voyez, l'honneur est sauf puisque la morale est sauve puisque la tristesse l'emporte sur la joie dans le péché.

Ouf ! Dieu merci nous pouvons être sévères, mais pas trop en ce jour où l'évangile nous parle d'adultère.

Revenons donc à la femme adultère. L’adultère méritait la mort. Regardez ...

  • Jésus ne dit pas à ces personnes qui veulent lapider cette pauvre femme «  arrêtez, ce n'est pas grave, ça donne du piment dans le couple etc. »
  • Il ne leur dit pas qu'elle n'a pas péché, ni même qu'elle ne mérite pas la mort.

Il dit seulement : " Vous tous vous méritez la mort ; que celui qui n'a pas péché jette la première pierre. »

Tout péché mène à la mort. Elle a touché à quelque chose de sacré qui s'appelle le mariage, la famille. Donc ça entraîne un véritable deuil, une véritable souffrance, une coupure. Mais nous en sommes tous là ! « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ! »...dit Jésus

Mieux encore, allons plus loin. Ce péché ou ces péchés, y compris ceux de la foule qui s'en va, méritent tellement la mort que Jésus au moment où il lui dit « va, je ne te condamne pas, va et ne pèche plus »,   il prend sur lui sa condamnation.

Il va mourir pour cette femme adultère qu'il ne connaît pas, il va mourir pour ces hommes et ces femmes qui voulaient la lapider.

Il va mourir pour nous sur la croix et nous entrons dans ces dernières semaines de carême dans ce chemin de Croix, cette passion volontaire de Jésus, amoureuse de Jésus, amoureux de cette femme, de ces hommes et ces femmes pécheurs pour qui il est mort.

Je racontais cela à un jeune garçon en Martinique qui vraiment était parti dans la délinquance. Une fois qu'il a compris, il m'a dit « Ouah ! C'est chaud !!! ».  J'ai vu qu'il avait compris : « il est mort pour moi ».

C'est pour ça qu'il nous faut ( et en ce 600è anniversaire où nous repensons, commémorons les funérailles, l'enciellement (comme aime à dire monsieur le curé), de saint Vincent Ferrier, il est bon pour nous à penser à faire une bonne mort.

Finalement notre vie chrétienne ce n'est rien d'autre qu'un catéchuménat de la mort. Apprendre à nous configurer au Christ, à rentrer dans l'amour. Ce n'est pas morbide, au contraire ! Seuls les vivants peuvent se préparer à mourir, à préparer leurs proches à mourir, se préparer à rentrer à la suite du Christ dans l'amour et dans la vie non pas en fuyant la mort de toutes les manières possibles et inimaginables …. Car elle arrivera …. mais en se préparant comme Jésus à entrer dans cette Pâques en étant dans la paix, en étant dans l'amour.

"Nous lui serons semblables, disait l'épître aux Philippiens semblables à lui dans la mort. Si nous mourons avec lui dit encore saint Paul, avec lui nous vivrons.

Frères, déjà mourons avec Lui, le Christ, comme saint Vincent pour vivre avec Lui, 600 ans après comme le disait Monseigneur à l'instant, parce qu’il est mort comme le Christ. Il a mené jusqu'à épuisement sa vie pour le salut des âmes, pour le salut des hommes.

Revenons à la femme adultère. St Paul a bien exprimé son sentiment à la fin de cette 2è lecture " Je cours, oubliant, ce qui est en arrière, je cours vers le Christ.

Elle rentre chez elle (c'est la suite de l’évangile pour ceux qui n'ont pas regardé l'épisode suivant). Elle rentre chez elle, elle a peut-être un peu peur de son mari, mais elle est toute joyeuse. Pourtant elle a tout connu. Elle a connu les trois peines, les trois tristesses : la honte, l'abattement, le chagrin. Elle a connu aussi, je l'espère pour elle, un peu de plaisir et de satisfaction. Mais tout cela s'est évanoui.

Mais elle est pourtant joyeuse. C'est qu'il y a une joie supérieure dans le péché. J'y reviens !

Pourquoi est-elle joyeuse cette femme ? Parce qu'elle a entendu le Seigneur lui dire : « va je ne te condamne pas. »

Elle est passée par le creuset de la mort, par la vallée de la mort, et je plains d'une certaine façon ceux qui, ce jour-là sont restés fidèles et n’ont pas commis l'adultère, parce qu'ils n'ont pas entendu le Sauveur leur dire : " Je suis mort pour toi, à cause de tes péchés. Ce qui veut dire je t’aime à cause de tes péchés. Dieu merci tout le monde peut se retrouver dans cette femme, vous et moi et ceux qui étaient là présents, et donc si elle court, joyeuse, c'est qu'elle a entendu la parole du salut et c'est tellement vrai qu'à Pâques dans quelques jours, nous chanterons dans l'Exultet, « Bienheureuse faute qui nous a valu un tel sauveur ! » 

Il y a donc une joie, une joie supérieure dans le fait de se savoir pécheur. Car il y a tant d'hommes qui ne savent pas qu'ils sont pécheurs, c’est à dire redevables à Dieu. Le péché c'est une bonne nouvelle. C'est la nouvelle que quelqu'un peut nous rembourser la dette que nous ne pouvons pas rembourser nous-mêmes. C'est la bonne nouvelle qu'il y a au-dessus de nous un Sauveur, qu'il y a au-dessus de nous,  -pardonnez-moi cette image triviale- "un banquier richissime" qui va couvrir toutes nos dettes. Celui qui ne sait pas qu'il est pécheur est un pauvre, très pauvre, un misérable.

C'est pour ça qu'il nous faut très vite comme saint Vincent, annoncer au monde son péché, non pas pour l'accabler mais pour le sauver ... pour que chacun connaisse la joie de cette femme adultère. Elle est joyeuse, grâce à son péché et elle court vers la mort avec le Christ, avec Jésus qui lui a ouvert, pour elle,  les portes de salut.

Et je suis certain que st Vincent depuis ce reliquaire , ce tombeau reliquaire où il repose nous le dit aujourd'hui les yeux dans les yeux, car il le sait, et vous le savez aussi, les portes du salut ont été ouvertes pour lui, comme elles le seront pour nous. Amen


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