Pour la Fête de Saint Vincent Ferrier

Homélie prononcée par le Père Clément Binachon (dominicain d'origine vannetaise, en mission à Saint Denis de la Réunion)

Pour préparer cette prédication, j’ai mené une petite enquête sur tout ce que votre diocèse de Vannes a organisé pour le Jubilé de Saint Vincent. J’ai donc exploré le beau site Internet du Jubilé… et là, j’ai découvert l’Introït de la messe que nous célébrons aujourd’hui. L’introït dans la messe d’autrefois, c’est l’équivalent de notre antienne d’ouverture aujourd’hui.

Or, voyez-vous, l’antienne et la prière d’ouverture ce sont deux petites prières très importantes qu’il ne faut pas rater au début de la messe. En effet, quand vous allez à la messe, vous pouvez vous endormir un peu pendant l’homélie, parce que ce n’est qu’une paraphrase actualisée de ce qui est dit par ailleurs… vous pouvez vous recueillir en vous-mêmes pendant l’offertoire, car ce sont toujours les mêmes paroles qui sont dites … mais ces petites prières d’ouverture, qui sont dites ou chantées au tout début de la messe, juste avant de s’asseoir, il ne faut surtout pas les rater. Il ne faut pas les rater car elles expriment le mystère particulier que nous célébrons ce jour-là.

Et donc, lors de ma petite enquête, sur le site internet du Jubilé, j’ai découvert l’introït spécifique au diocèse de Vannes pour la messe de saint Vincent Ferrier. J’aurais bien aimé vous la chanter en latin, mais pour plus de clarté, il vaut mieux que je la récite en français. C’est une citation du prophète Isaïe qui déclare : « Clame, ne cesse pas, comme une trompette, élève la voix, et annonce à mon peuple ses crimes, et à la maison d’Israël ses péchés. – Et on conclut avec le mot interdit en Carême – Alleluia ! »

Voilà, la bonne nouvelle que frère Vincent nous proposent aujourd’hui ! « Annoncer au peuple ses crimes et à la maison d’Israël ses péchés. Alléluia ! » Certes, les historiens de la liturgie vont sans doute nous dire que ce verset d’Isaïe a été associé à saint Vincent parce que lui-même se présentait souvent comme l’Ange de l’Apocalypse, celui qui invite les fidèles à se convertir avant la fin des temps. Et d’ailleurs on représente souvent saint Vincent avec une trompette voire même avec des ailes. C’est vrai. Mais quand même ! On peut trouver que c’est une étrange bonne nouvelle : annoncer nos crimes et dénoncer nos péchés.

Alors, il nous faut écouter à nouveau l’Evangile pour essayer d’y voir plus clair.

Dans le passage selon saint Luc que nous venons d’entendre (12, 35-40), Jésus nous invite à garder « nos reins ceints et nos lampes allumées ». Il nous demande de veiller, de rester debout comme des serviteurs vigilants qui attendent le retour de leur maître. D’accord. Mais si l’on regarde le texte de plus près, on relève aussi que Jésus ne nous demande pas de veiller à n’importe quel moment. Jésus proclame bienheureux ceux que le maître trouvera debout à la deuxième ou la troisième veille de la nuit. Selon le comptage dans l’Antiquité, la deuxième et la troisième veilles correspondent au cœur de la nuit ; au moment où la nuit est la plus sombre. Pendant la première veille, on a encore au cœur les lueurs du soir. A la quatrième, on pressent déjà les premiers feux de l’aurore. Mais pendant la deuxième et la troisième veille, c’est la nuit noire. C’est la pleine obscurité. Autrement dit, non seulement Jésus proclame bienheureux les serviteurs qui gardent leurs reins ceints et leurs lampes allumées, mais ils proclament bienheureux ceux qui font cela au plus profond de la nuit.

Et voilà une nouvelle qui tombe bien pour nous. En effet, frères et sœurs, vous êtes certainement nombreux à partager aujourd’hui avec moi ce sentiment d’obscurité, cette impression de ténèbres qui semblent envahir l’Eglise en ce moment. Par ténèbres et par obscurité, je veux parler des multiples crimes pédophiles commis par des prêtres, des abus sexuels à l’encontre de religieuses révélés récemment à la télévision, de la gestion critiquable de ces affaires par certains évêques, des silences du Vatican, des démissions des uns et du maintien des autres, des réseaux homosexuels supposés ou avérés au sein de la Curie romaine, des accusations publiques d’un ancien nonce contre le Pape. La liste de ces ténèbres semble ne jamais vouloir finir ! Et oui, frères et sœurs, il n’est pas étonnant que vous vous sentiez, que nous nous sentons dans l’obscurité.

Mais ne nous laissons pas tétaniser par ces ténèbres. Faisons comme Saint Vincent Ferrier au jour de sa 2e conversion du 3 octobre 1398. Pour lui aussi, c’était les ténèbres ! A ce moment-là, l’Europe était divisée par la guerre de Cent Ans et elle avait été ravagée par la Grande Peste. L’Eglise, quant à elle, était entièrement déchirée par le grand schisme. Et Saint Vincent, au milieu des intrigues de la cour d’Avignon, alors qu’il était gravement malade, alors que tout semblait dans la nuit, il entendit Jésus lui dire : « Va-t’en de par le monde et prêche à la manière des apôtres ». Et c’est ce qu’il fit. Jusqu’à votre belle ville de Vannes.

Alors, nous aussi, nous qui sommes aujourd’hui à la deuxième ou la troisième veille de la nuit, écoutons le Seigneur et mettons ses conseils en pratique, comme le fit notre frère Vincent, il y a 600 ans ! Car Jésus nous donne aujourd’hui deux conseils.

D’abord, le Seigneur nous invite à ceindre nos reins. Dans l’épitre aux Ephésiens, la ceinture que l’apôtre Paul nous invite à revêtir c’est la ceinture de la vérité. Et bien, je crois que c’est ici, dans ce choix de la vérité, que nous retrouvons l’Introït de saint Vincent. Ceindre la vérité, c’est aujourd’hui annoncer au peuple de Dieu ses crimes, et à l’Eglise les péchés de ses ministres. Et nous ne devons pas avoir peur de la vérité car c’est un des visages du Christ. Oui Jésus est le chemin, la vérité et la vie. Jésus est la vérité. Si bien que le Christ est absent de l’Eglise quand on cherche à étouffer des affaires. Le Christ est absent quand on refuse de reconnaître nos péchés ou les crimes de nos pères. Oui, le Christ est absent quand on fuit ou refuse la vérité. Car Il est la vérité. Mais en revanche, le Christ est présent lorsqu’on accueille une victime et qu’on l’écoute en vérité. Le Christ est présent lorsque l’on fait, en toute justice, la vérité sur ce qu’elle a subi. Le Christ est présent lorsque l’Eglise reconnaît humblement qu’elle n’est composée que de pauvres pécheurs.

Oui, frères et sœurs, soyons en bien certains, quand nous sommes au service de la vérité, nous sommes au service du Christ et de l’Eglise. Assurément, que ce soit en plein jour, comme au milieu de la nuit, si nous servons la vérité, nous servons le Christ et nous servons l’Eglise.

Et cette image des reins ceins exprime aussi l’attitude du serviteur qui est prêt à se mettre en route, qui est prêt à se mettre au travail. Il nous faut non seulement reconnaître la vérité, mais il faut la servir. Et il ne faut pas avoir peur de se mettre en route, c’est-à-dire de quitter certaines habitudes qui se sont révélées mortifères. Il ne faut pas avoir peur d’affronter lucidement nos erreurs, il ne faut pas avoir peur de reconnaître cette poutre, énorme, qui blesse le regard de l’Eglise, et nous a fait confondre les demi pardons avec la justice, la discrétion avec la vérité, la réputation des prêtres avec la sainteté de l’Eglise. Oui, frères et sœurs, si nous avons la vérité pour ceinture, c’est le Christ que nous revêtons !

Et le Seigneur nous donne ensuite un second conseil. Il nous invite aussi à maintenir notre lampe allumée. Maintenir notre lampe allumée, c’est garder vive et brillante la lumière de la foi ! Et notamment, la foi en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique.

Samedi dernier, à la Réunion, un fidèle me disait qu’il n’arrivait plus à dire le Credo à la messe. Car après tous ces scandales, il ne pouvait plus croire en une Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Et donc il se taisait à ce moment-là. Je comprends tout à fait sa révolte et j’admire aussi sa droiture morale. Mais il y a derrière cette attitude une conception à la fois malheureuse et fausse de l’Eglise.

L’Eglise ce n’est pas la pyramide hiérarchique qui va du dernier des diacres au Souverain Pontife en passant par les étages des prêtres, des évêques et des cardinaux ! L’Eglise ce n’est pas une grande organisation de célibataires qui a son siège à Rome et cherche à diffuser de valeurs humanitaires à travers le monde ! Non, nous n’avons pas foi en cela. Nous ne croyons pas en une structure humaine ! Frères et sœurs, l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique en laquelle nous croyons, c’est un divin mystère. C’est le mystère de l’immense communauté de croyants, animée par l’Esprit Saint, nourrie par les sacrements, voulue par Notre Seigneur Jésus Christ, qui travaille jour après jour, humblement à construire le Royaume de Dieu par la charité dans leur quotidien. L’Eglise mais ce sont  toutes les personnes qui sont animées par la charité du Christ et qui travaillent à répandre cet amour divin autour d’eux. Et les diacres, les prêtres et les évêques ne sont que les ministres, c’est-à-dire, les serviteurs, de cette communauté de grâce. Quand nous croyons en l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, c’est de ce mystère de grâce que nous parlons !

Alors, oui, frères et sœurs, gardons allumée la lampe de notre foi au milieu de cette nuit ! C’est-à-dire continuons de croire que l’Esprit Saint travaille et agit au cœur de l’Eglise, qu’Il la purifie, qu’Il la guide, qu’Il la conduit. Ne regardons pas l’Eglise comme une vaste organisation humanitaire, contemplons là comme le mystère du Corps mystique du Christ, comme le signe et l’instrument du salut à l’œuvre aujourd’hui dans le monde.

« Le bruit ne fait pas de bien mais le bien ne fait pas de bruit » disait saint François de Sales. L’Esprit Saint n’est pas tapageur, il ne poste rien sur Twitter. Mais il agit. Oui, l’Esprit Saint agit dans l’Eglise. Et Il agit puissamment dans le cœur des évêques qui malgré les erreurs de leurs prédécesseurs, continuent de conduire, paternellement et discrètement, le peuple que Dieu leur a confié.

Oui, l’Esprit Saint agit et Il agit puissamment dans le cœur des prêtres qui supportent humblement, jour après jour, les insultes et le mépris, en accomplissement pauvrement les tâches de leur ministère.

Oui, l’Esprit Saint agit et Il agit puissamment dans le cœur des fidèles qui gardent leurs lampes allumées dans cette tempête ; oui, il agit quand les fidèles continuent à croire en la sainteté de l’Eglise, et surtout quand ils continuent à répandre la charité du Christ dans la simplicité de leur quotidien.

Oui, frères et sœurs, si chaque jour nous apprenons à recevoir dans la foi et la prière, l’amour infini de Dieu, si chaque jour nous cherchons à partager simplement cet amour autour de nous, nous n’avons aucune crainte à avoir ! Dieu est là et Il agit et Il nous sauve.

Alors c’est vrai, nous sommes à la deuxième ou la troisième veille de la nuit. C’est vrai, les ténèbres peuvent nous paraître accablantes. Mais ne nous arrêtons pas ici. Au contraire, laissons résonner dans cette nuit l’appel que le Seigneur adresse à chacun d’entre nous, aujourd’hui. Oui, écoutons la voix de saint Vincent qui proclame comme une trompette :

Heureux êtes-vous, les affligés, car vous serez consolés.
Heureux êtes-vous, les affamés et assoiffés de la justice, car vous serez rassasiés.
Et, heureux êtes-vous, si servez la vérité,
car c’est le Christ et son Eglise que vous servez ainsi !

Oui, bienheureux êtes-vous, si vous gardez la lampe de votre foi allumée,
car c’est ainsi que vous déplacerez des montagnes,
c’est ainsi que vous apaiserez les tempêtes,
c’est ainsi que vous prendrez place
avec Abraham, Isaac et Jacob
au festin du Royaume !

Saint Vincent Ferrier, priez pour nous ! Et qu’ainsi soit-il !


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