Homélie du 3è dimanche de carême

Du Dieu des Armées au Dieu désarmé

Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ? En plus d’être le titre d’un film, c’est la question qui trotte dans la tête des galiléens ce matin autour de Jésus. Mais qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter ce massacre ? Un affreux massacre perpétré par Pilate contre des fidèles qui étaient en train de prier dans le Temple de Jérusalem. C’est un fait divers qui résonne particulièrement avec l’actualité de notre temps. Je pense aux récents attentats en Australie dans la ville de Christchurch : alors que des musulmans s’étaient rassemblés dans deux mosquées à l’heure de la prière, un terroriste est entré en fusillant 49 personnes. Je pense aussi à un attentat perpétré dans l’Eglise saint Pierre et saint Paul du Caire à l’Heure de la messe, qui avait coûté la vie à 21 coptes en plein cœur de Noël 2016. Ces évènements nous interrogent. Et l’on peut en venir à se demander si le Seigneur ne s’est pas vengé de la mauvaise conduite des hommes, de notre mauvaise conduite, de nos péchés. Vous voyez la tentation suprême que le Seigneur a devinée dans le cœur de la foule ? C’est la tentation de la suspicion, du doute qui se pose sur la bonté de Dieu.  Toutes ces tuiles qui m’arrivent, ne serait-ce pas parce que le Seigneur venge ma mauvaise conduite ?

Qu’est-ce que le Fils de Dieu répond à cela ? Il est lui aussi bouleversé jusqu’aux entrailles par ces horribles évènements, et il en cite même un deuxième : «  Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé ». Fait divers qui retentit encore dans notre monde moderne. On croirait presque qu’on parle des deux tours du World Trade Center qui se sont écroulées sur 3000 victimes. Croyez-vous qu’elles soient mortes parce que Dieu voulait venger le péché ? La réponse du Christ est hyper claire : « Pas du tout». Et c’est là le sommet de l’enseignement de ce dimanche : Dieu n’est pas un Dieu vengeur, et nous nous trompons complètement si nous pensons cela. Il est urgent que nous convertissions, non pas notre comportement, mais notre intelligence. Nous devons « passer du Dieu des Armées au Dieu désarmé ». Et « Si nous  ne nous convertissons pas, nous périrons tous de même ». Ce qui ne veut pas dire que nous périrons tous sous la tour de Siloé, mais tous sans avoir découvert le vrai visage de la bonté du Seigneur

Ce vrai visage de la bonté du Seigneur nous est révélé dans chacune des lectures aujourd’hui. Il se révèle d’abord dans cette curieuse parabole du figuier stérile au milieu de la vigne. A vue humaine on aurait envie de le déraciner, mais le vigneron- c’est-à-dire le Christ - révèle la vraie sagesse de Dieu : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » Le Seigneur prend patience avec chacun de nous et très spécialement avec les grands pécheurs. Il veut continuer de labourer notre cœur jusqu’à ce que nous nous convertissions et que nous portions du fruit. Le vrai visage se révèle aussi dans les paroles du psaume : Il « [le Seigneur] réclame ta vie à la tombe ». Il veut tout sauf notre mort, pour nous il veut la Vie ! Il nous couronne « d’amour et de tendresse » pour que nous le découvrions. Le vrai visage se révèle encore dans cet épisode du buisson ardent : « Oui j’ai vu la misère de mon peuple ». Littéralement, c’est même beaucoup plus fort en hébreu : « pour l’avoir vue, je te jure que je l’ai vu la misère ». Parce que Dieu habite le cœur de notre cœur, notre misère il la porte, il pleure avec nous, il connait notre détresse et il souffre avec nous.

Ce matin il y a comme trois temps : le temps de la suspicion, dépassé par le temps de la conversion, et qui s’ouvre sur le temps de la confiance avec le Seigneur. Que notre temps de carême en soit ainsi !

P. Antoine Le Garo