Une Encyclique de sagesse

Le pape François vient de nous faire le cadeau d’une très belle encyclique : simple, concrète, facile à lire, et empreinte d’une profonde sagesse puisée notamment dans les Ecritures. 

Adressée à l’ensemble de la « famille humaine », c’est-à-dire à tous les hommes de bonne volonté, elle est une invitation pressante à « sauver la maison commune ». Mais le pape la destine aussi - et avec insistance-, aux chrétiens, en raison de la dimension théologique et eschatologique dont est revêtue la Création toute entière.

Faire acte de vérité

Loin de contredire l’enseignement de ses prédécesseurs, le pape souhaite que l’écologie intégrale qui fait l’objet de sa réflexion, devienne, non plus un appendice optionnel, mais le socle de la Doctrine sociale de l’Eglise. Car, après s’être entouré d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales, le pape est, plus que jamais, convaincu que les dangers qui menacent la planète sont bien réels.

Un constat très sévère qui exige une prise de conscience

Le pape ne mâche pas ses mots. En parlant de la terre sur laquelle il pose un regard lucide, il utilise le mot dépotoir. « La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir. [$ 21]

« L’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble, et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale. De fait, la détérioration de l’environnement et celle de la société affectent d’une manière spéciale les plus faibles de la planète. » [$ 48]

Cela nous impose de prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour éviter que les désordres que l’on constate aujourd’hui ne s’aggravent car :

  • les pollutions de la terre, de l’air et de l’eau se répercutent sur toute la chaîne du vivant.
  • le réchauffement climatique entraînera un exode massif de populations condamnées à fuir des zones inondées en quête d’un autre habitat.

Les changements de comportements auxquels le pape invite concernent en premier lieu les responsables des gouvernements afin qu’ils procèdent au le remplacement progressif, mais sans retard, des énergies fossiles (charbon, pétrole) par des énergies renouvelables.

Mais le pape nous invite aussi à réfléchir ! Il nous demande de trouver le courage :

  • de nous rendre compte de la réalité d’un monde limité et fini » [§56],
  • de reconnaître, « les causes humaines qui provoquent ou accentuent le réchauffement climatique,» essentiellement dans les pays riches. [§23] ;
  • de reconnaître que nous sommes confrontés à « un système de relations commerciales et de propriété structurellement pervers » [§52] où règne « la soumission de la politique à la technologie et aux finances » [§54] ;
  • de reconnaître aussi notre responsabilité individuelle, puisque ce « drame de l’immédiateté politique est soutenu par des populations consuméristes » [§178] ;
  • de reconnaître également, notre « dette écologique, à l’égard des pays du Sud, liée à des déséquilibres commerciaux » [§51], dette qui implique « des responsabilités diversifiées » [§52].
  • de reconnaître que nous sommes profondément individualistes et égoïstes » [§162] alors que… « Tout est lié ! »

« Tout est lié … relié, interconnecté »

Ces expressions répétées dans toute l’encyclique fondent la réflexion du pape. En effet, pour lui, il n’y a pas d’écologie partielle : c’est-à-dire une écologie du climat, des plantes, des animaux, et, qu’il n’y a, encore moins, une écologie profonde qui voudrait qu’on revienne au culte de la terre en lui subordonnant tout !

Non, l’écologie ne peut être que globale parce que tout est lié : la nature, nos vies, notre civilisation, nos modes d’agir, nos pensées.

Cela veut dire que toutes les décisions qui sont prises dans un domaine donné, entraînent des réactions en chaîne.

On le voit bien, dans le domaine économique, lorsque les profits boursiers sont en hausse, la courbe du chômage augmente. Pareillement, lorsque les prix des matières premières flambent, les prix des denrées alimentaires s’envolent !

Dans le secteur social, les conséquences d’un mauvais aménagement du territoire, d’une précarité accrue des familles, d’un chômage massif, se voient immédiatement sur le terrain à travers les violences qui sont déclenchées par un sentiment d’abandon ou d’injustice.

Dans le domaine scientifique, les progrès les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, peuvent déboucher sur une idéologie perverse si l’aspect financier n’en est que le seul objectif.

Un questionnement collectif urgent [$ 160]

Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent et aux enfants qui grandissent ?

  • pour quoi passons-nous en ce monde ?
  • pour quoi venons-nous à cette vie ?
  • pour quoi travaillons-nous et luttons-nous ?
  • pour quoi cette terre a-t-elle besoin de nous ?

« Aujourd’hui, tout ce qui est fragile, comme l'environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue », dit le pape [$ 56]. En outre, la soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l'échec des sommets mondiaux sur l'environnement. [$ 54]

C’est pourquoi, il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. [$ 160]

Que faut-il faire ?

Décroissance ? (comment la comprendre)

« L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, pour permettre une saine croissance en d’autres parties » [$ 193]

Cela impose de poser des actes concrets :

  • Refuser tout gaspillage [ $ 9]
  • Refuser d’être des consommateurs compulsifs. [ $ 203]
  • Eduquer en repensant les itinéraires pédagogiques pour mettre en place une éthique écologique qui fasse grandir dans la solidarité, dans la responsabilité et dans la protection fondée sur la compassion. [ $ 210]
  • Se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail pour tous [ $ 127]
  • Refuser le relativisme qui prétend que tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance. [ $ 54]
  • Refuser la même logique relativiste qui justifie l’achat ou la location d’organes des pauvres dans le but d’en tirer profit ou de les vendre à des fins d’expérimentation. [ $ 123]
  • Refuser le culte du pouvoir humain sans limites. [$ 122]
  • Refuser la logique intérieure de celui qui dit : ‛Laissons les forces invisibles du Marché réguler l’économie, parce que ses impacts sur la société et sur la nature sont des dommages inévitables’.[$ 123]
  • Faire pression sur les hommes politiques afin de les contraindre à prendre les mesures indispensables pour le « bien commun ». [$ 157]

Sobriété heureuse dans l’humilité

La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité d’être heureux en partant de la conviction que « moins est plus ».

Il faut se persuader qu’on peut trouver du bonheur dans la gratuité du don de soi, dans les rencontres fraternelles, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. [ $ 223]

Paix et joie avec Dieu

Parce qu’aucune personne ne peut mûrir dans une sobriété heureuse, sans être en paix avec elle-même, il convient de retrouver Celui qui est Source de paix et de joie. Cela impose donc de ne pas exclure Dieu de sa vie. [ $ 225]

En effet, une écologie intégrale demande de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la Création comme Saint François d’Assise dont la sagesse éblouissante nous parvient encore aujourd’hui :

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe. »

Le Père Jean-baptiste JEGO a donné une conférence sur cette encyclique, à la Maison du Diocèse.

Elles est téléchargeable au format PDF (10 pages).