Présentation de l'exhortation apostolique « Evangelii gaudium » par le P. Jean-Baptiste Jégo

LE PAPE FRANCOIS invite l’Eglise à EVANGELISER AVEC JOIE !

C’est le dimanche 24 novembre 2012, en la solennité du Christ Roi, que le pape François, concluant l’Année de la Foi, a offert des exemplaires de sa longue exhortation « sur l’annonce de l’Evangile dans le monde actuel » à 36 représentants du peuple de Dieu présents sur la place Saint-Pierre, à Rome :

  • un évêque de Lettonie,
  • un prêtre de Tanzanie
  • un diacre d’Australie récemment ordonnés,
  • une famille,
  • des religieux,
  • des catéchistes,
  • un séminariste,
  • des responsables de mouvements,
  • une peintre polonaise,
  • un sculpteur japonais (ayant travaillé à la Sagrada Familia de Barcelone),
  • deux journalistes.

Une manière de signifier l’universalité de l’Eglise appelée à toujours renouveler sa JOIE D’EVANGELISER, à cheminer sur nos routes humaines avec JESUS...

Et c’est le mardi suivant, le 26 novembre, que ce cet important et beau message a été rendu public.

« Semer dans notre foi LA JOIE DU RESSUSCITE ! »

C’est ainsi que priait le pape dans son encyclique « La lumière de la foi » (5 juillet 2013) (disponible sur le site de la paroisse).

Ce passage final de l’encyclique rejaillit dans « Evangelii gaudium » :

La joie de l’Evangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Eglise dans les prochaines années » (n° 1).

Dès les premières lignes de son exhortation – qui apparaît comme un programme d’action - le pape nous appelle tous à retrouver « le plaisir d’être un peuple capable de vivre et de témoigner de l’amour de Jésus qui nous sauve ».

L’évangélisation est la mission de tout le peuple de Dieu

Tous les baptisés sont directement concernés dans l’annonce et le témoignage de l’amour miséricordieux de Dieu qui va à la rencontre de chacun. Nous sommes tous invités, comme membres de l’Eglise peuple-de-Dieu, à mettre nos pas dans les pas du Christ. Aussi l’Eglise doit-elle « aller à la rencontre de ceux qui sont loin, aller jusqu’aux croisements des routes pour inviter les exclus. Son désir de proposer la MISERICORDE est inépuisable ».

« L’Evangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec ses souffrances et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps » (n° 24).

L’évangélisation n’est pas réservée à une « élite » ; chacun est appelé à témoigner de la miséricorde en fonction de sa vocation, de ses talents et de ses moyens.

Ce témoignage implique, de la part des chrétiens, « une véritable ouverture ».

Comment faut-il la comprendre ? Il faut, écrit le pape, reprenant la pensée de Paul VI (dans son encyclique « Ecclesiam suam », 1964) et de Jean-Paul II, « se maintenir ferme sur ses propres convictions les plus profondes, avec une identité claire et joyeuse », ce qui permet de rester « ouvert à celles de l’autre pour les comprendre en sachant bien que le dialogue peut être une source d’enrichissement pour chacun » (n° 32).

Le dialogue ainsi compris (et concernant particulièrement la science, l’œcuménisme et le rapport avec les religions non chrétiennes) est une première contribution à la paix.

Pour aller dans cette voie le pape préconise une « conversion pastorale », ce qui veut dire passer d’une vision bureaucratique, statique et administrative à une perspective missionnaire où la pastorale est elle-même en état permanent de remise en cause (n° 25).

Les routines découlant du principe que l’ « on a toujours fait ainsi » risquent de transformer les chrétiens en « momies de musée » alors que leurs énergies devraient constamment se renouveler à la lumière de l’Evangile.

Si des réformes doivent être envisagées, c’est pour favoriser « un réel engagement pour la mise en œuvre de l’Evangile en vue de la transformation de la société » (n° 26). Jamais les chrétiens ne devraient s’enfermer sur eux-mêmes, sur leurs soi-disant certitudes, au risque d’écarter et de décourager les humbles, et de devenir une « Eglise mondaine drapée dans le spirituel et le pastoral » (n°96). Il est nécessaire de résister à ces tentations et d’offrir le témoignage de la communion entre tous les baptisés fidèles-du-Christ. Aussi le pape préconise-t-il à la fois l’essor des vocations presbytérales, diaconales, religieuses et la promotion des laïcs dans les instances de décision et, en particulier, la reconnaissance et l’accroissement « des droits légitimes des femmes » (n° 99).

En outre, il semble qu’il souhaite mener à terme une réforme de la Curie dont on attend une orientation plus collégiale tout en donnant plus d’autonomie aux conférences épiscopales. Chacun est appelé à se montrer « audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style, sans interdictions ni peurs, dans un sage discernement pastoral » (voir le chapitre 1er, « La transformation missionnaire de l’Eglise », n° 19 à 49).

Ce chemin de conversion n’est pas facile, admet le pape. Il présuppose un « don de soi nécessaire ».

Tout compte fait, il vaut mieux « une Eglise accidentée, blessée et sale parce que sortie par les chemins plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités », mais c’est le chemin de la JOIE , affirme-t-il, en appelant à mettre le CHRIST au CENTRE de tout, à se laisser toucher par l’exemple de la Vierge Marie, en étant réceptif à l’action de l’Esprit Saint qui est en nous « la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection ».
« La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu ».
« Jésus veut des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu » (n° 264).

C’est à quoi nous invitait déjà le pape Paul VI dans son Exhortation « Evangelii nuntiandi » (1975) pour l’évangélisation du monde moderne (n° 12).

De cette conviction se dégagent (au moins) deux indications conduisant à une action pastorale conférant à l’œuvre évangélisatrice une dimension sociale. « Si cette dimension n’est pas clairement prise en compte, on court le risque de défigurer le sens authentique et intégral de la mission d’évangélisation » (n°176).

La première indication pastorale d’ordre social est « l’intégration sociale des pauvres ».

L’Eglise, dit le pape, à travers la « nouvelle évangélisation » doit « collaborer pour résoudre les causes instrumentales de la pauvreté et pour promouvoir le développement intégral des pauvres » et d’abord en accomplissant « des gestes simples et quotidiens de solidarité face à la misère concrète qui est chaque jour devant nos yeux » (n° 188, 198, 200).

Si l’option première pour les pauvres doit être réalisée, il ne faut pas oublier qu’elle est d’abord « une attention spirituelle et religieuse » à ceux qui sont le plus dans le besoin et d’abord dans le vide spirituel. A ce sujet, remarquons que le pape explique que « les portes des sacrements ne devraient pas se fermer. Ainsi, l’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace » (n° 40).

Le pape demande avec force de prendre en considération la situation des migrants et fustige les nouvelles formes d’esclavage.

« Où est celui qui tue chaque jour dans la petite fabrique clandestine, dans le système de prostitution, les enfants utilisés pour mendier, et celui qui doit travailler caché parce qu’il n’est pas régularisé ? Ne nous leurrons pas, il y a de nombreuses complicités » (n° 210, 211).

D’autre part, avec insistance, il rappelle le devoir de défendre sans ambiguïté la vie humaine de son commencement à son achèvement, ainsi que la dignité de tout être vivant (dans la ligne de la constitution conciliaire « Gaudium et spes ») (n° 213).

La seconde indication importante est le triple « non » à l’économie de l’exclusion, à l’idolâtrie de l’argent qui gouverne au lieu de servir, aux disparités qui engendrent la violence, quand l’homme n’est plus au cœur de l’activité économique ».

Quelques citations empruntées aux chapitres 2 et 4 de l’Exhortation : « Dans la crise de l’engagement communautaire » (n° 52 à 75) et « La dimension sociale de l’évangélisation » (particulièrement n° 217 à 237 : « le bien commun et la paix sociale »).

  • « Nous devons dire non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale ».
  • « On ne peut plus tolérer que la nourriture soit jetée quand des personnes souffrent de la faim ».
  • « Nous avons mis en route la culture du déchet ». « Un telle économie tue ».
  • « Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort où le puissant mange le plus fort (…)
    On considère l’être humain comme un bien de consommation qu’on peut utiliser et ensuite jeter (…)
    Une des causes de cette situation est dans la relation que nous avons établie avec l’argent dont nous acceptons paisiblement la prédominance sur nous et sur nos sociétés.
    La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain (…) L’adoration de l’antique veau d’or (Exode 32/1-35) a trouvé une impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage (…) Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir ».

C’est avec beaucoup d’humilité et de réalisme que le pape François, bénéficiant des travaux du Synode « sur la nouvelle évangélisation » qui s’est déroulé du 7 au 28 octobre 2012 à Rome, a conçu cette exhortation « La joie de l’Evangile », « La joie d’évangéliser ».

Le sujet est si vaste, dit-il, qu’il faut continuer à l’approfondir avec attention. Et, ajoute-t-il, « je ne crois pas non plus qu’on doive attendre du magistère papal une parole définitive et complète sur toutes les questions qui concernent l’Eglise et le monde. Il n’est pas opportun que le pape remplace les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires. En ce sens, je sens la nécessité de progresser dans une « décentralisation » salutaire ».

Parce que ce message, écrit dans une langue claire, sans rhétorique ni sous-entendu, est un message de paix, il infuse en nous la JOIE, purifiant notre regard pour que nous puissions découvrir en notre monde les signes de la présence de Dieu. Le pape François, avec énergie et simplicité à la fois, nous rappelle le mystère central de notre foi : « Ne nous éloignons pas de la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, arrivera ce qui arrivera » (n° 3).

Alors, « Ne nous laissons pas voler la joie de l'évangélisation ! » (n° 83)

Jean-Baptiste JEGO,

de l’équipe pastorale de la paroisse cathédrale Saint-Pierre, Vannes

2 décembre 2013


Pour aller plus loin :

  • Vous trouverez le texte de cette Exhortation du pape François dans les librairies de la ville…
  • Vous trouvez également ce texte sur le site de la paroisse (ainsi que cette présentation au format PDF)…
  • En tapant sur Google, par exemple, « Evangelii gaudium », vous aurez une présentation plus complète de ce document par le président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation, Mgr Salvatore Fisichella…
  • Sur la personnalité du pape François, vous pouvez consulter, entre autres ouvrages déjà nombreux, le dernier qui vient de paraître (novembre 2013), « Ainsi fait-il », de Caroline Pigozzi, grand reporter à Paris Match et spécialiste des religions sur Europe 1, et Henri Madelin, Jésuite, ancien maître de conférence à Sciences-Po Paris , à l’Institut d’études sociales (Catho, Paris), enseignant au Centre Sèvres (Paris), actuellement expert pour les questions européennes à Bruxelles et Strasbourg. (Plon, novembre 2013, 278 pages, 19,90 euros).